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Utagawa KUNIYOSHI (1797-1861) La nécessité pour un artiste de s’intégrer dès l’apprentissage dans une École -au sens de filiation-a sans doute été plus forte au Japon que partout ailleurs, singulièrement pour les peintres et les dessinateurs d’estampes. L’initiation était longue de plusieurs années, au cours desquelles l’apprenti se familiarisait avec les techniques, étudiait les diverses manières, devenait assistant. Souvent, même après avoir été reconnu comme peintre ou dessinateur, l’artiste demeurait au service de son maître, et poursuivait ainsi une carrière obscure.
Ces fortes traditions devaient certes s'affaiblir avec la révolution de Meiji en 1868, mais elles demeuraient encore incontestées lorsque Utagawa Kuniyoshi (1797-1861) puis son principal élève Tsukioka Yoshitoshi (1839-92) pénétrèrent le monde de l’art. Les deux dessinateurs s’inscrivent dans une filiation principale très aisée à décrire : Toyoharu (1735-1814) / Toyokuni (1769-1825) / Kuniyoshi (1797-1861) / Yoshitoshi (1839-92) etc... Ce qui, toutefois distingue les artistes les plus important c’est que, même appartenant à une école, et tout en acceptant ses préceptes, ils ont intégré d’autres influences. Ajoutés à leur personnalité propre, ces éléments leur ont permis de faire oeuvre de création, et non de suivisme. Il en est ainsi de Kuniyoshi dont le talent et la personnalité a forgé une oeuvre de grande qualité, clairement distincte de celles de ses prédécesseurs et de ses contemporains. Kuniyoshi, de son vrai nom Igusa naquit à Edo le 15 novembre 1797. Il fut probablement très jeune en contact avec Katsukawa Shun’ei (1762-1819), mais pendant une brève période. Celui-ci était alors la principale figure de l'école Katsukawa, à Edo, spécialisée dans la représentation d’acteurs de kabuki. Surtout, le jeune Igusa intégra en 1811 l’atelier de Utagawa Toyokuni (1769-1825), également dessinateurs d’acteurs, mais aussi de bijins (belles femmes). Les pseudonymes d’Ichiyusai Kuniyoshi et de Chôôrô lui furent alors attribués. Cette même année 1811, Hiroshige, né comme Kuniyoshi en 1797 entrait dans l’atelier de Toyohiro, le principal concurrent de Toyokuni au sein de l'École Utagawa. Kuniyoshi succéda dans cet atelier à Kunisada, Toyokuni III (1786-1864), qui fut son grand rival, et y fréquenta Kunitora, Kuniyasu, et plusieurs autres artistes de bon renom . Il s’inscrivit bien entendu dans la tradition de l'École Utagawa et dessina, comme son maître, belles femmes et acteurs de kabuki. Kuniyoshi a produit des planches, d’ailleurs très remarquables de paysages . Il avait étudié, dans la mesure permise par les quelques exemples disponibles, le travail d’occidentaux et s’en inspira partiellement, notamment dans les perspectives -alors que Hiroshige utilisait des plans successifs- . On trouve aussi une utilisation personnelle de la lumière, avec des ombres, et des nuages. Cependant, Kuniyoshi demeure d’abord le dessinateur de personnages légendaires et de scènes souvent étranges, parfois dans l’ordre du fantastique. Pour ces dernières, il utilisa de façon courante le triptyque d’estampes oban.
L’intérêt de Kuniyoshi pour les estampes de guerriers et personnages légendaires s’explique par deux raisons principales. La publication en 1825 de la traduction par Kyokutei Bakin du grand livre chinois du Suikoden, qui rencontra un vif succès auprès du public japonais, amena Kuniyoshi à éditer en 1827 sa première grande série des biographies de héros célèbres. Par ailleurs,la 12e année de l’Ere Tempo (1841) , le régime des Tokugawa prît un édit de lutte contre les abus et les manifestations de luxe (Tempo no Kaïkaku). Furent interdites les représentations des acteurs de Kabuki et des prostituées (protection de la morale publique) ; et des mesures d’économies obligées conduisirent à restreindre le nombre de bois gravés et donc de couleurs des estampes ! Kuniyoshi a souvent montré des femmes plus proches du quotidien que Kunisada ; ce sont des personnages du peuple et de la petite bourgeoisie de Edo. Apparaît dans ces planches une vision un peu simple, voire naïve, mais attachante. Comme Eisen, Kuniyoshi a aussi parfois donné des planches aïzuri-e, c’est à dire utilisant essentiellement le bleu profond, dans plusieurs intensités, et d’un effet frappant. Il fût aussi le peintre des chats. On rapporte qu’il se promenait souvent dans Edo, deux ou trois chats sortant la tête de son kimono ! Ces dessins peu nombreux sont quasiment introuvables aujourd’hui, mais montrent une joie de vivre, un bonheur certain et un humour surprenant chez un artiste montrant le plus souvent des guerriers en action. Toutes ces raisons font que Kuniyoshi, d’abord considéré comme un dessinateur parmi les autres de l'École Utagawa est désormais redécouvert et considéré à juste titre par les amateurs comme l’un des maîtres de l’art de l’ukiyo-e pour le 19e siècle . Et certains de penser que si Kuniyoshi avait vécu aussi longtemps que Hokusai, il l’aurait égalé voire dépassé ! Comme ce dernier, il resta toute sa vie un artiste à la recherche de nouveaux thèmes ; il fût un créateur, cherchant l’innovation utile au progrès de son art et à sa compréhension par le public le plus large des habitants de Edo (non pour le seul plaisir de surprendre) . Utagawa Kuniyoshi disparaissait en 1861, trois ans après Hiroshige, et trois ans avant Kunisada, Toyokuni III. Durant cette carrière de près de quarante années, il forma de très nombreux élèves. Peuvent être cités : Yoshitoshi (1839-92), Yoshiiku (1833-1904), Yoshikata (actif 1841/64), Yoshikazu (actif 1850/70), Yoshimune (1817-80), Yoshitora (actif 1858/80), etc..
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