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Les
estampes KACHÔ-GA
Ka : fleurs,
Chô : oiseaux,
Ga : peintures.
Shibata ZESHIN, (1807-91)
Corbeaux en vol dans le soleil, estampe de format shikishiban, 1887
La représentation de la nature - fleurs et autres plantes ou animaux - a
toujours constitué un thème de prédilection pour les artistes japonais,
peintres et dessinateurs d'estampes, mais aussi laqueurs, graveurs, forgerons
...
Plusieurs dessinateurs japonais à la fin du 18e siècle et dans les premières
années du suivant, eurent l'audace de rompre avec les représentations très
proches de la tradition directement inspirée de l'ancienne Chine. Ce fut le cas
de Kitao Masayoshi, Kitagawa Utamaro, Katsushita Hokusai et Utagawa Hiroshige.
Dessins minutieux saisissant l'attitude d' oiseaux en plein vol ou branchés,
montrant des abeilles butinant un chrysanthème, ou une puissante carpe luttant
contre un courant.
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Utagawa Hiroshige |
Par rapport aux planches antérieures,
celles de l' Ere Meiji et du 20e siècle montrent à la fois une rupture et une
continuité.
Rupture par le style, plus simple et parfois dépouillé; par les couleurs plus
franches, avec des aplats, des "noirs laqués", des encres
différentes dans leur composition et leur intensité de celles employées
jusqu'alors; par les formats comme le shikishiban, presque carré (environ 24x25
cm) et la reprise des tanzakus rendus célèbres par Hiroshige;
Rupture aussi quant au public. Au 18e siècle et jusqu'en 1850/60, les estampes
étaient destinées au public japonais, en particulier à la bourgeoisie des
villes. Avec Meiji et l'ouverture de l'archipel, une production spécifique en
direction des États-Unis et de l'Europe est montée rapidement en puissance.
L'un des meilleurs exemples fut
ainsi Ohara Koson (Shoson)(1877-1945), dont l'éditeur exporta principalement
vers l'Amérique du Nord l'essentiel de sa production des années 1890 à 1910.
.Ce fut vrai aussi pour certaines éditions de livres d'estampes réalisées
spécifiquement pour l'Occident. Ainsi pour les quatre volumes de Imao Keinen
(1845-1924) publiés en 1875, une seconde édition dont les pages sont
numérotées en caractères occidentaux et non japonais, a suivi en 1881, pour
l'exportation.
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Ohara Koson |
La continuité, se perçoit également de
plusieurs manières.
D'abord, par la qualité technique remarquable de la plupart des estampes de
cette époque: beaux papiers, gravures et impressions parfaites . Beaucoup de
planches ont été publiées par Matsuki Heikichi, l'un des meilleurs éditeurs
de l'époque Meiji. Certaines étaient destinées à être montées en albums,
qui ne doivent pas être confondus avec les livres d'estampes (les montages et
les compositions étant différents). Les archives de l'éditeur Matsuki
Heikichi, conservées dans la collection américaine de Robert O. Muller
permettent de dater des planches qui ne portent pas ce type d'indication, ce qui
est le cas le plus fréquent pour les tanzakus et shikishibans.
Surtout, la continuité se retrouve dans la signification profonde et le
symbolisme attaché aux représentations des plantes et animaux. Au Japon, il
n'est pas indifférent de montrer tel animal ou telle fleur plutôt que
d'autres, ou bien telle plante au clair de lune ou en pleine lumière.
Les animaux fabuleux ou extraordinaires , tels les dragons, shishi, tengu,
kirin etc.. issus de la mythologie et le plus souvent venus de Chine, ont
aussi été présentés. Les autres, que l'on croit connaître, et beaucoup de
plantes, représentent des symboles : une saison, un mois, une vertu, un
sentiment.
Ce langage, que l'on retrouve en Occident et en Chine, est important pour les
japonais, peut-être plus enclins que d'autres, à suggérer par un détail, une
allusion, un geste, ce qu'ils ne veulent pas exprimer de manière voyante ou
appuyée. Cela est d'ailleurs présent aussi dans les estampes de bijin
ou d'acteurs de kabuki : un papillon ornant un kimono est signe de
bonheur conjugal, une pivoine ouverte symbolise l'amour et l'été etc...
Chacun sait que les années du zodiaque d'Extrême-Orient sont symbolisées par
douze animaux, présents lors de la mort du Bouddha.
Ces mêmes animaux représentent aussi, au
Japon, une période de deux heures dans la journée: le rat est 23h/1h, etc...
A noter que si, presque toujours , les animaux ont une signification positive ou
heureuse, quelques uns sont moins appréciés: le hibou pour l'ingratitude, le
pluvier pour la vie difficile. Quant aux chat, blaireau, corbeau, renard, ils
disposent de pouvoirs surnaturels qui peuvent les faire craindre, surtout par
nuit noire... Citons aussi l'araignée, symbole de l'habileté et de la
diligence, mais aussi de la ruse et de la sorcellerie car cet animal se
transforme, le soleil disparu, en démon !
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