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L'estampe Shin-Hanga
L'estampe au 20e siècle
Avec l'Ère Taisho (1912-1926),
certains dessinateurs décidèrent de se consacrer à la xylographie, technique
ancienne et éprouvée, mais selon un mode différent de celui de leurs
prédécesseurs.
Naquirent deux styles de gravure sur bois, parfois concurrents, souvent
complémentaires, le Shin-Hanga (nouvelle gravure), et le Sosaku-Hanga
(gravure créative), qui connurent une forte expansion durant l'Ère Showa
(1926-1988).
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Kawase Hasui |
Dans le Sosaku-Hanga , le même artiste maîtrise l'ensemble du processus
de création, du dessin à l'impression, en passant par la gravure du bois, ce
qui requiert des qualités peu courantes. En général, il édite lui-même sa
production, comme Yamamoto Kanae (1882-1946) ou Onchi Koshiro (1891-1955). Il
s'agit aussi de recherches picturales et graphiques de dessinateurs jeunes,
connaissant l'art occidental mais soucieux de suivre leur voie propre, en dehors
des pesanteurs inhérentes à une production techniquement complexe.
Dans le domaine de l'estampe Shin-Hanga les ères Taisho et Showa
virent converger les recherches et aspirations d'une nouvelle génération de
dessinateurs, et l'action déterminante d'un éditeur hors du commun, installé
à Tokyo en 1910, Watanabe Shozaburo (1885-1962), qui révolutionna le monde de
l'estampe japonaise dans les années 1920. Ici, le partage des actes successifs
de création est semblable à celui de "l'Ukiyo-e", l'ensemble se
faisant sous la responsabilité de l'éditeur.
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Itô Shinsui |
L'estampe du 20e siècle est, par nature, une œuvre d'art.
Une vue de Tokyo par Ishii Hakutei (Sosaku-Hanga), ou un paysage de Ito Shinsui
ou de Kawase Hasui (Shin-Hanga) n'ont pas pour vocation - contrairement à
ceux dessinés dans les années 1830-1840 par Katsuchika Hokusai ou Utagawa
Hiroshige - de faire découvrir leur pays aux Japonais. De telles estampes
veulent donner à voir et à ressentir l'essentiel d'une atmosphère dans un
lieu qui peut être célèbre ou en apparence banal.
Un portrait d'acteur de Yamamura Toyonari ou Natori Shunsen (Shin-Hanga) ne se
propose pas de révéler le visage de tel fameux acteur de kabuki : la
photographie et les magazines s'en chargent. Il a pour propos de donner à
découvrir, et d'abord au travers du regard, le sentiment profond de l'artiste
dans son rôle, la psychologie d'un personnage, la maîtrise achevée d'un
engagement au service du théâtre.
L'œuvre "Shin-Hanga" ou "Sosaku - Hanga" s'adresse délibérément
à un public averti : esthètes, collectionneurs, mécènes, clubs d'amateurs.
Elle est par cet aspect, comparable à l'édition des "surimonos" des
18e et 19e siècles, réservés à une clientèle sélectionnée et peu
nombreuse.
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Natori Shunsen |
Dès lors, la production devient plus limitée.
D'abord par le nombre des tirages d'une même estampe, entre cent et deux cents
exemplaires le plus souvent, mais parfois moins. Dans certains cas, notamment
chez Watanabe Shozaburo, édition d'une série complémentaire pour
l'exportation.
Le tirage est parfois justifié, sur le mode occidental né au 19e siècle, soit
par l'apposition d'un cachet ou d'une étiquette au dos des planches dans
certaines séries -mais cela est loin d'être systématique-, soit par la
présence d'un numéro inscrit au crayon dans la marge basse de l'estampe. Ceci
demeure cependant rare, cette numérotation se trouvant plutôt dans les
productions Sosaku-Hanga ou de dessinateurs ayant séjourné ou vécu en
Occident. La connaissance du caractère limité d'une édition provient plutôt
de la publicité faite par les éditeurs au moment de la mise sur le marché des
séries d'estampes, ainsi que des archives des maisons d'édition.
Production limitée, ensuite, en raison du nombre d'estampes dessinées par les
artistes. Si Utagawa Hiroshige avait donné plus de 5 000 planches au cours de
sa carrière, et Utagawa Kunisada,Toyokuni III, sans doute plus encore, Ito
Shisui a crée 147 estampes, Hiroshi Yoshida, 259, Natori Shunsen, moins de 100,
et Kawase Hasui environ 700. Hashiyuki Goyo (1880-1921) n'a donné que 14
estampes éditées entre 1915 et 1921; 10 autres gravées en 1920 ont été
publiées après sa disparition.
A noter que, contrairement à la production des 18e et 19e siècle, celle du 20e
siècle est parfaitement connue et identifiée, au moins pour les signatures les
plus importantes. Des catalogues raisonnés ou d'expositions dans des musées
japonais existent généralement et donnent toutes précisions sur les œuvres
et leurs tirages.
Au total, il s'agit donc de pièces rares en nombre, en tout cas pour les
éditions originales, car après les années 1950, des rééditions notamment de
Hiroshi Yoshida et Kawase Hasui ont été, et demeurent, offertes au public. Les
caractéristiques de ces dernières permettent néanmoins à un œil exercé de
faire la différence; de plus les tirages post - 1988 établis par Watanabe
portent un cachet rouge spécial en marge droite.
Une autre caractéristique de ces estampes du 20e siècle tient à leur qualité
technique souvent irréprochable, qu'il s'agisse de la finesse et de
l'exactitude de la gravure, de l'impression avec les meilleurs papiers et
encres, de la présence de reliefs, de bokashi (dégradés de couleur),
parfois de parties micacées etc…
La conséquence logique tient dans le prix, sensiblement plus élevé dès
l'origine, de ces estampes rares et belles.
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Shiro Kasamatsu |
Pour l'essentiel, les dessinateurs, ceux du Shin-Hanga encouragés dans
leurs choix par l'éditeur Watanabe Shozaburo, se concentreront sur les paysages
et les belles femmes. Seuls quelques artistes donneront des estampes d'acteurs
de kabuki, essentiellement à la fin des années 1910 et dans les années 1920.
Pour les paysages, avec une prédilection pour les thèmes forts -tels la nuit,
la neige, la brume, et en privilégiant la lumière- les signatures de Ito
Shinsui (1898-1972), Kawase Hasui (1883-1957) et Hiroshi Yoshida (1876-1950)
prédominent. Le premier, considéré comme l'un des dessinateurs les plus
importants du Japon, fut fait "Trésor national vivant" en 1952;
l'année suivante, l'une de ses estampes, publiée sous les auspices du
Gouvernement, était désignée "Bien culturel intengible". De même
pour Kawase Hasui, "Trésor national vivant" en 1956; son estampe
"Neige au temple Zojô", de 1953, fut classée "Bien culturel
intangible". Bien entendu, d'autres artistes ont donné des œuvres
paysagistes de grande qualité à la même époque, et notamment Tsuchiya Koitsu
(1870-1949), Kasamatsu Shirô (né en 1898), et d'autres encore.
S'agissant de la représentation de femmes, quelques noms surgissent comme ceux
de Hashiguchi Goyo (1880-1921), Torii Kotondo (1900-1976), Ito Shinsui à
nouveau, mais aussi Hiroshi Yoshida, Takahashi Hiroaki (1871-1945), Ishikawa
Toraji ou Kobayakawa Kiyoshi.
Enfin la représentation d'acteurs de kabuki s'est essentiellement limitée aux
signatures de Natori Shunsen (1886-1960), de Yamamura
Toyonari (1885-1942), et de Yoshikawa Kampô (1894-1979), qui ont parfaitement
montré les comédiens les plus fameux de l'époque, dans un répertoire
partiellement renouvelé.
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